Le monde en stop : l’interview !

Lenaic 5 mars 2013 4

Je vous parlais du périple de Ludovic Hubler, qui a fait le tour du monde en stop, dans mon article sur le top 5 des livres sur le voyage. Suite à son long voyage, Ludovic a écrit un livre que je conseille : Le Monde en stop, 5 années à l’école de la vie.

Voyageur Attitude Le Monde en stop

 

En lisant son livre, quand j’étais sur les chemins d’Indonésie, je me disais « à mon retour en France, il faut que j’aille à Strasbourg en auto-stop pour le rencontrer ! ».   Malheureusement, les projets voyage mettent parfois du temps à se réaliser.

J’ai aujourd’hui l’opportunité d’interviewer ce voyageur hors-du-commun qui m’a fait rêver. Un voyage de 5 années, ça fait rêver, non ?

 

 

— Bonjour Ludovic, peux-tu te présenter rapidement…   ou plutôt : qui étais-tu avant ce voyage ?

Originaire de Strasbourg, j’ai réalisé un Master en école de commerce. J’ai obtenu mon diplôme à 25 ans, et je me préparais à travailler dans le développement des entreprises à l’export. J’étais célibataire, passionné de voyage et de sport. Et je me disais que, avant de découvrir le monde du travail, il fallait découvrir le monde tout court… Et puis ce tour du monde était un rêve d’enfant, un défi personnel, et je me disais que cela pouvait aussi être un plus pour ma vie professionnelle.

 

— Comment s’est passée l’organisation de ce tour du monde ? Combien de temps pensais-tu partir; quel budget avais-tu…?

Avant de partir, j’ai tenté de trouver quelques sponsors. Certains m’ont aidé financièrement, et, avec mes économies, je suis parti avec 12 000 €. J’étais parti à l’origine pour un à deux ans maximum. Le 1er janvier 2003, date de mon départ, j’étais loin de m’imaginer que ce tour du monde allait durer 5 ans. Tout cela s’est fait progressivement, mais un moment fut crucial : la décision de faire une tournée de conférences d’un an aux Etats-Unis et au Canada. En plus des conférences, j’ai effectué quelques petits boulots et missions humanitaires dans plusieurs pays, j’ai écris des articles dans des magazines locaux et vendu des photos.

 

— Pourquoi voyager en auto-stop ?Ludovic Hubler   Voyageur Attitude

J’avais déjà parcouru l’Europe entière en auto-stop. J’ai tout de suite adoré faire du stop car  je me suis vite rendu compte à quel point le fait de côtoyer des populations de milieux culturels et sociaux différents était très enrichissant au niveau humain. Et puis, il y a l’aspect financier… Voyager à frais réduits est un avantage non négligeable pour un étudiant.

 

— Pourquoi voyager seul ?

Voyager seul permet d’être plus accessible, d’être plus ouvert aux autres. En plus, ça permet une flexibilité totale. Et puis je pense qu’on est plus facilement pris en stop et invité à loger chez l’habitant quand on est seul.

 

— Dans ton livre, tu parles également de l’importance de ton « document magique ». Tu nous en dis plus..?

En arrivant en Indonésie, j’ai vite vu que je n’arrivais pas à me faire comprendre des chauffeurs qui s’arrêtaient.  Et oui, comment se faire comprendre dans les pays où la langue est complètement différente..?

Voyageur Attitude le monde en stop

Au Tibet

J’ai donc créé des documents, dans plusieurs pays d’Asie, qui expliquait mon projet dans la langue locale  (voir le texte plus bas). J’avais aussi des cartes du monde plastifiées, des photos et articles de journaux relatant de mon tour du monde. C’était un gage de crédibilité et un réel atout pour contacter les chauffeurs dans les stations essence par exemple.

« Bonjour, je m’appelle Ludovic, j’ai X années. Depuis le 1er janvier 2003, je fais le tour du monde en stop. Mon défi est de faire le tour du monde sans utiliser le taxi, le bus, le train ou l’avion. Je souhaite me rendre dans la direction de …… (à compléter). Est-ce que vous allez dans cette direction ? Si oui, est-il possible de me déposer dans une station service un petit peu plus loin ? Merci beaucoup. Désolé, je ne parle pas votre langue. Bonne journée. »

 

— Y a t-il des pays ou l’auto-stop fut particulièrement difficile ?   Ou d’autres ou l’auto-stop est vraiment facile ?

Le stop marche partout. La preuve, j’ai réussi mon pari de faire le tour du monde uniquement en stop (auto et bateau). Le stop est cependant interdit dans bien des endroits, dans une trentaine d’états aux Etats-Unis par exemple, en Australie, au Tibet, etc. Le stop n’est pas dans la culture asiatique donc ce n’était pas évident mais ça fonctionne tout de même. Aux Etats-Unis, la culture de l’individualisme et de la peur grandissante a aussi parfois rendu les choses un peu compliquées mais avec une bonne attitude, on finit toujours par trouver.

 

— Quelle a été ta plus longue attente ?

Le plus dur dans un tour du monde n’est pas l’auto-stop mais le bateau-stop. L’un est une question d’heure d’attente, l’autre de semaines de recherches. La plus longue attente au bord de la route fut 28 heures au Brésil. Il m’a fallu cependant environ 2 mois avant de trouver le précieux sésame pour traverser l’Atlantique…

Voyageur Attitude Carte du trajet

Carte du trajet

 

— Penses-tu qu’une fille pourrait faire un tel périple ?

Rien n’est impossible. Cependant, il faudrait être prudent dans certains endroits très « macho ». J’évite généralement de conseiller à une fille seule de le faire même si cela n’est pas impossible. Mieux vaut être à 2 dans ce cas là.

 

— Y a t-il un endroit dans le monde qui t’a particulièrement marqué, ou que tu conseilles particulièrement ?

La diversité du monde tant au niveau humain que naturel, architectural, culturel est fascinant. Je suis un adepte de l’Amérique latine donc s’il me faut choisir un ou deux pays, je donnerais le Brésil ou le Pérou mais c’est très difficile car le reste est également super.

 

— Et y a t-il un peuple qui t’a marqué et particulièrement plu ?Voyageur Attitude  Ludovic Hubler

Les gens des pays bouddhistes m’ont paru plus heureux que la moyenne. Comme si cette notion de « karma » donnait envie d’aider et rendait heureux. En Iran, j’ai été très sensible à l’hospitalité également.

 

— Un passage m’avais marqué dans ton livre, lors de ton séjour au Pakistan et en Iran. Tu décrivais la population vraiment différemment de l’image qu’on a d’elle. Tu avais été étonné de la différence entre la réalité et les à priori que tu avais, et que nous avons tous.

C’est vrai ; il faut se méfier des à priori. Mes séjours en Iran, au Pakistan, en Afghanistan ou en Colombie m’ont montré à quel point la perception que j’avais des habitants de ces pays étaient totalement biaisée. De France, nous imaginons ces pays qu’à travers le prisme des médias. Mais les médias n’insistent que sur les activités de quelques illuminés, qui ne représente pas la majorité de la population.

 

— Après ton retour, est-ce que c’était difficile de te réadapter à la France et au sédentarisme ? Et est-ce que tu as pu trouver un travail facilement ?

Mon tour du monde m’a transformé. Il m’a permis d’attiser ma curiosité, mon ouverture d’esprit, de briser autant de certitudes que d’idées préconçues. Il a aussi contribué à rendre ma vie plus intéressante qu’avant, me permettant de développer une grande empathie. J’ai tourné la page du tour du monde pour entamer une nouvelle étape de ma vie que ce soit au niveau personnel ou professionnel, en restant imprégné par tous ces Hommes rencontrés pendant toutes ces années, qui m’ont influencé et inspiré. Pour ce qui est du sédentarisme et de la réadaptation à la vie française, ça ne pose pas davantage de problèmes. Pendant cinq ans, mon voyage a été une adaptation constante à l’environnement, aux gens, aux religions, aux coutumes. Ce n’était plus un périple mais un style de vie. Me réadapter à mon style de vie original et à ma propre culture n’était absolument pas insurmontable.
Après mon tour du monde, j’ai facilement trouvé un travail, au sein de l’organisation Peace and Sport (qui fait la promotion du sport comme outil d’éducation à la paix et d’intégration sociale de la jeunesse vulnérable). Je me suis également engagé auprès de plusieurs associations et une ONG, Ligne verte terre de Paix, cherchant à venir en aide aux peuples racines à travers le monde.

 

— J’ai moi aussi l’opportunité de beaucoup voyager, même si je suis loin d’en avoir vu autant que toi. Parfois, j’ai un peu peur d’être « blasé » ou « déçu » en arrivant dans un lieu décrit comme extra-ordinaire. Lors de tes prochains voyages – parce’que je me doute que tu voyageras encore! -,  ne penses-tu pas que tu pourrais être « blasé » ou « déçu » en arrivant sur un site ? Un site que tu as déjà visité ou non d’ailleurs…

Non, j’ai gardé malgré mes 5 ans de voyage ma capacité à m’émerveiller et à me révolter, les deux mamelles de l’humanisme. Je ne suis pas blasé. Au contraire, je regarde simplement les choses avec plus de maturité et de compréhension. Ce doctorat de la route où mes professeurs furent aux volants de leurs voitures, camions ou bateaux était une école de vie formidable. J’en ai beaucoup ressorti.

 

Voyageur Attitude Le Monde en Stop

 

Ludovic, je te remercie mille fois. D’abord pour ton livre, et ensuite pour ta disponibilité.

Lecteurs, je vous remercie tout autant. Et j’espère vous donner envie de lire ce livre… et surtout de voyager.

 

 

 

 

4 Comments »

  1. rozenn 7 mars 2013 at 8 h 22 min - Reply

    Le désir, la confiance et un pouce: ça mène loin.
    ça fait plaisir et ça donne à espérer.
    J’aimerais en savoir un peu plus sur les « rencontres ».

  2. Stéphane 8 mars 2013 at 13 h 13 min - Reply

    Impressionnant ce parcours et cinq ans en plus, déjà que voyager pendant un an d’affilée est difficile alors 5, j’imagine même pas!

    En tout cas, ça donne bien envie d’acheter le livre et je vais faire un tour à la fnac pour voir.

  3. admin 10 mars 2013 at 15 h 54 min - Reply

    L’interview est déjà assez longue… Pour en savoir plus, découvrez le livre. Ludovic avait écrit plusieurs milliers de page, qu’il a dû condensé pour offrir un récit concis mais complet.
    Pour l’acheter, vous pouvez vous rendre sur mon article de mon Top 5 des livres sur le voyage : http://voyageur-attitude.fr/les-meilleurs-livres-de-voyage/
    😉

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