Ma première fois à Brooklyn, New York

Lenaic 15 janvier 2013 5

J’ai grandi avec des images terrifiantes de New York, qui venaient s’agglutiner dans mon imaginaire : un chaos urbain, une société violente et décadente. J’avais la tête pleine de clichés d’une cité impitoyable, à l’instar du Bronx décrit comme un piège dans Le Bûcher des vanités, de Tom Wolfe, un univers hostile et minant raconté par Colum Mc Cann.

voyageur-attitude   NYC

Woody Allen avait beau faire pour nous détourner de ces images en nous montrant un monde new-yorkais plein de fantaisie, et d’élucubrations, on était prévenus : New York restait une ville pleine d’obscures menaces.

woody allen street art

Pourtant (et c’est là que j’entre en scène), au milieu des années 2000, j’ai surmonté mes craintes et mes préjugés. Sans doute, je vous l’accorde, à la faveur d’un mariage avantageux avec un rugbyman dont j’avais eu le loisir (le privilège, l’honneur, etc.… au cas où il me lirait) de mettre à l’épreuve la solidité physique (en des circonstances que je tairai ici, car ce n’est pas le sujet). Bref, j’étais alors dotée d’un mari dont la carrure et les regards tiennent éloignés toutes sortes de dangers. D’autre part, ayant à l’époque 3 enfants en bas âge à la maison, les notions d’apocalypse et de fléau m’étaient devenues familières, et par conséquent tout à fait anodines.

Ainsi, rendue gaillarde par la compagnie d’un mari ultra-résistant aux chocs, et ne redoutant désormais rien d’autre que le chaos infantile, je décidai de m’aventurer à NYC, en 2006.

voyageur-attitude   new-york-brooklyn

 

Vous connaissez la chanson de Nougaro ? Qui fait rimer New York avec choc…

C’est ce qui arrive au visiteur : le choc visuel face à cette architecture qui s’impose, qui en impose, un choc esthétique face à l’impression de puissance qui s’en dégage, comme si les rues de Manhattan étaient bordées de cathédrales. On se dit d’emblée, en abordant à Manhattan que les hommes sont mus par une volonté farouche de bâtisseurs, et cela rend optimiste.

Choc sonore aussi. New York n’est pas seulement la ville qui ne dort jamais, c’est aussi la ville qui ne se tait jamais. La rumeur de la ville est envahissante : les klaxons, les sirènes des pompiers ou des policiers qui crient comme une alerte ; un inépuisable brouhaha plein d’humanité.

voyageur-attitude  williamsburg-bridge

Pour nous rendre à Brooklyn, où nous avions loué un studio, nous avons pris le métro aérien. C’est bien, le métro aérien, cela offre des perspectives intéressantes, cela permet de jouer les curieux sans trop se fatiguer (par exemple, la ligne Q, qui va jusqu’à Coney Island, au Sud de Brooklyn, longe le cimetière de Greenwood, où sont enterrés la plupart de ceux qui ont fait le rayonnement de New York –architectes, musiciens, écrivains ; c’est le Père-Lachaise local).

Ce jour-là, grâce au métro aérien, nous avons surtout eu l’occasion de nous voir nous enfoncer, petit à petit, dans un univers cauchemardesque : usines désaffectées sur les rives de l’East River, saleté, ordures éparses sur les toits terrasse d’anciennes fabriques abandonnées, murs tagués, le tout dans la chaleur étouffante de l’été newyorkais… angoisse et désolation. En descendant du métro, nous avons traversé ce quartier de Williamsburg, au pied du pont du même nom, un quartier populaire : habitants désœuvrés et indolents, regroupés en grappes au coin des rues.voyageur-attitude   brooklyn

Je me suis endormie le soir même avec l’idée que New York (ou du moins le quartier de Williamsburg à Brooklyn) était l’équivalent moderne de la forêt médiévale. Un lieu  qui a mauvaise réputation, l’endroit qu’il faut éviter à la tombée de la nuit, où on peut disparaître, faire de mauvaises rencontres, perdre son innocence ; et celui (c’est là un avantage à garder en tête) dont on peut menacer les enfants en cas de résistance entêtée à l’autorité parentale. Avec, en guise de loups, le hurlement des sirènes des camions de pompiers et des voitures de police.

voyageur-attitude  williamsburg

Le lendemain matin, très tôt, nous sommes partis persuadés de ne pas retrouver nos affaires en rentrant le soir, ou plutôt, de les retrouver portées par tous les habitants du quartier, vous savez, comme dans un prince à New York, avec Eddy Murphy (la référence cinématographique est un peu pauvre, mais parlante).

Clichés et préjugés…

…Que nous avons vite oubliés lorsque nous avons franchi l’East River, en traversant à pied le pont de Williamsburg. Au fur et à mesure que nous approchions de Manhattan, faisant face à l’Empire State Building et au Chrysler Building, qui ne semblaient s’être illuminés que pour nous, dans ce petit matin désert et presque silencieux, nous avons ressenti l’enthousiasme des grands explorateurs qui découvrent une terre inconnue, la jubilation des généraux romains victorieux lors de leur triomphe. Nous avons donc traversé le pont, les quartiers de Lower East Side (quartier encore un peu délabré à Manhattan, mais en cours de conquête par l’argent, on commence en effet à y voir des prouesses  ou curiosités architecturales toutes neuves, signe de renaissance urbaine), Chinatown, Little Italy, Financial district pour embarquer dans le premier ferry pour la statue de la liberté.

Lorsque vous irez à NY, souvenez-vous de ce genre d’instant, unique, par définition : le moment grisant de la première fois face à ou au cœur de Manhattan.

voyageur-attitude   brooklyn

Lorsque nous sommes rentrés à Williamsburg, le soir, contents de notre journée à Manhattan, nous n’avons croisé aucun voisin portant nos habits. Rien de tout ça (et pourtant ça aurait été croustillant à raconter). Les clichés et les préjugés sont vraiment des fardeaux qui empêchent de voyager.

 

Williamsburg est en fait l’endroit idéal pour savourer un bon moment de satisfaction, celle d’être à New York, d’y être comme sur un balcon pour apprécier la vue de Manhattan, et on ne se lasse pas de ce plaisir, croyez-moi. C’est aussi un quartier calme et familial, pauvre, mais tout à nous.

Ce jour-là, je suis tombée sous le charme magique de cette ville à la fois surprenante et familière : on y est à l’aise comme chez soi et en même temps sans cesse émerveillé par la richesse et la nouveauté de ce qu’on y voit et de ce qu’on y vit (de nombreux festivals de cinéma, de musique et des fêtes de rue en été). Depuis, je suis intimement liée à cette ville, et en particulier à Williamsburg, par ce souvenir.

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Escaliers de secours des immeubles new-yorkais

 

On ne se méfie jamais assez de la fascination que les lieux peuvent produire sur nous. Croyez-moi, c’est le seul danger que court celui qui s’aventure à Williamsburg, Brooklyn, New York City.

 

 

– Par Rozenn Bouttes –

 

 

 

5 Comments »

  1. niceTrotter 2 février 2013 at 16 h 29 min - Reply

    Merci pour cet excellent article. Pour ma part ce qui m’a marqué à vie ce n’est pas tellement Brooklyn (que j’ai toutefois beaucoup aimé) mais Time Square. En sortant du métro, de nuit, l’effet est juste incroyable.

    NYC est vraiment une ville passionnante à découvrir.

    François-Olivier

    • rozenn 12 février 2013 at 13 h 02 min - Reply

      oui, Times Square, c’est une sorte de rencontre du 3° type, un endroit où il fait jour, même la nuit, et où je suis persuadée qu’on peut rencontrer des extra-terrestres.
      A moins qu’ils ne préfèrent Vegas.

  2. laetitia 6 février 2014 at 14 h 16 min - Reply

    Bonjour, je rêve de new york et je tombe sur votre récit ! mes 40 ans arrive donc j’ai bon espoir d’y aller enfin… dites moi accepteriez vous de m’envoyer le magnifique tag woody allen en qualité ++ car j’aimerais si vous le permettez l’imprimer pour en faire un poster pour chez moi ? Merci pour votre réponse.

    • Lenaic 12 février 2014 at 19 h 34 min - Reply

      Bonjour Laetitia.
      New-York est un reve pour beaucoup de monde. Et rassurez-vous, même moi qui ai parcouru le monde, je ne suis toujours pas allé à New-York !!
      Pour le tag Woody Allen, je l’ai récupéré à une connaissance, je ne pourrai pas vous l’envoyer en meilleure qualité malheureusement…
      Lénaïc

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