L’hopital à Madagascar : on est loin de la France !

Lenaic 15 mai 2015 0

Lors de mon séjour à Madagascar, j’ai rencontré des jeunes françaises exerçant un stage dans le milieu hospitalier malgache. Je tenais à vous faire part des propos de Marine Lévrier, et de ses aventures pour prodiguer des soins à Madagascar.

 

Comment s’organisent les soins à l’hôpital à Madagascar ?

Le système de santé malgache manque de moyens et d’organisation. Presque tous les services sont dans un état de vétusté totale : les installations électriques et sanitaires sont défectueuses, les appareils existants sont hors de service ou non adaptés. Les services sont confrontés quotidiennement aux problèmes d’infection, du fait du manque d’hygiène.

La plupart des agents disponibles sont non-qualifiés. En l’absence d’aides-soignants, ce sont les gardes-malades qui sont mis à contribution ! Et encore, j’étais dans l’hôpital qui est la référence de la capitale, donc de toute l’île. Cependant, malgré le manque de moyen, les équipes se relaient courageusement avec un rythme soutenu : des gardes de 24h tous les 4 jours. La force des médecins malgaches reste leur persévérance malgré les cas graves et le manque de moyens.

 

Comment se passe la prise en charge des patients ?

A son arrivée, le patient est enregistré sur un fichier papier, puis doit attendre son tour avant de consulter un médecin. Il devra attendre qu’un brancard ou qu’une chaise se libère dans les salles de consultation. Le médecin lui prescrit sur ordonnance : perfusion, radio, antalgiques, anesthésiques locaux, fils de suture… Un membre de sa famille (ou le patient lui-même, par défaut) doit alors se rendre à la pharmacie de l’hôpital, faire la queue dans la file d’attente, payer et se procurer le matériel, revenir dans la salle de déchoquage, où enfin nous pourrons prodiguer les soins nécessaires. Les urgences sont plus « relatives »…! Malheureusement avec cette organisation, nous attendons les fils de suture MINIMUM 30 minutes (temps record) avant de pouvoir recoudre une plaie par arme blanche qui saigne !
J’ai ainsi beaucoup appris et réalisé à quel point nous avions de la chance, dans nos hôpitaux, d’ouvrir un tiroir et de trouver tout le matériel dont nous nécessitons, adaptable à chaque patient.

 

Et comment se passent les soins à la campagne ?

J’ai eu l’opportunité de participer à une mission de l’ONG Ar-Mada. Chaque année, elle organise 9 missions humanitaires d’environ 2 semaines au coeur de la brousse. Chaque mission, en autonomie totale, se déplace à l’aide de moyens de transport divers et variés : minibus, camions, barges à moteur, pirogues, parfois même en chars à zébus… pour atteindre les villages isolés.

madagascar blog voyage

Quelle expérience ! Et donc, comment ça se passe ?

La mission consiste à consulter dans des villages accessibles par le fleuve. Nous naviguions le soir à la tombée de la nuit et campions à proximité des villages. Se lever à 5h nous permettait de consulter dès le lever du soleil et rentabiliser nos journées de consultations. Une journée dans un village nous permettait de consulter 8h et de voir une quarantaine de patients.

anyma madaChaque village de consultation mettait à notre disposition les écoles, seuls locaux « solides », puisque la plupart des cases sont en feuille de bananiers. Chaque français était accompagné d’un interprète malgache du village afin de pouvoir traduire les dialectes des patients.

 

Et quels cas particuliers as-tu rencontré ?

Les pathologies sont extrêmement variées.  Certaines relevant de la médecine générale, d’autres d’un niveau infectieux très spécialisé. Nous avons diagnostiqué des lèpres, des tuberculoses, du paludisme, des bilharzioses, des teignes, des puces chiques…  Nous avons pu voir une femme brûlée à 91%, des plaies au visage par arme blanche ou encore une gangrène de Fournier.

Nous avons aidé une femme à accoucher (photo ci-contre). stage madagascarMalgré le peu de moyens dont nous disposions, nous avons pu lui installer un table d’accouchement sur un bureau d’élève, la tête contre le tableau de la classe… Ce fut un très beau moment, toutes les femmes du village étaient rassemblées à la fenêtre, tous les membres de l’équipe guettaient l’ouverture du col, la maman a accouché sans un seul gémissement !

Un jour, nous avons pris en charge un nourrisson dénutri : 2,6 kg à 6 mois. La mère et l’enfant vivaient à 2 jours de marche et sont arrivés en consultation très fatigués. Malheureusement, il présentait déjà une détresse respiratoire du fait de son peu de force. Les pédiatres ont pris l’initiative d’emmener la mère et l’enfant dans notre bateau, puis de le transporter en minibus jusque l’hôpital le plus proche. En route, l’état du petit s’est dégradé, nous n’avons pas pu le ramener à la vie malgré une réanimation cardio-pulmonaire exercée par les médecins de l’équipe.

 

Incroyable ! Pour finir, qu’as-tu retenu de cette expérience à Madagascar ?

La représentation malgache de la vie, de la mort et de la douleur sont complètement différentes de la nôtre. Les semaines à l’hôpital furent très difficiles, étant le peu de moyens, le manque d’interprètes, le peu de disponibilité des médecins, l’insécurité et l’insalubrité la plus totale des locaux.

J’ai eu la chance de pouvoir vivre une aventure très diversifiée, entre mer et montagnes, villes et campagnes, en essayant de m’imprégner vraiment de la culture malgache.

 

 

Merci Marine pour ce témoignage ! Et bravo à toi. 

Suite à mon voyage à Madagascar, j’ai écrit un article sur la mendicité. Faut-il donner ou pas ? Comment agir sur place face à la mendicité ?

 

 

Leave A Response »